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Encoprésie : la relation avec la mère est-elle en cause ?

enfant encopresie

Si vous lisez ces lignes, c’est sans doute parce que, comme moi, vous vous êtes déjà posé mille questions sur l’encoprésie. Que le diagnostic ait été posé, ou simplement parce que vous avez senti que quelque chose n’allait pas dans l’apprentissage de la propreté de votre enfant, vous avez probablement passé de longues soirées à faire des recherches sur Google.

Et là, difficile d’y échapper… Une théorie revient sans cesse : « Encoprésie et la relation avec la mère ».

Mais… what ?! Vous y croyez, vous ? Encore une fois, ce serait « pour notre pomme » ? Comme si, en plus de gérer le quotidien difficile de ce trouble, on devait porter la responsabilité de l’avoir provoqué.

Alors prenons le temps d’y voir plus clair. D’où vient cette idée ? Pourquoi continue-t-elle de circuler ? Et surtout, que disent réellement les connaissances actuelles sur l’encoprésie et ses causes ? C’est ce que nous allons explorer ensemble dans cet article.

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Encoprésie et relation à la mère : une idée reçue tenace

Les origines de cette théorie

L’idée que l’encoprésie aurait un lien direct avec la relation mère-enfant vient surtout de la psychanalyse, très influente au XXᵉ siècle. Dès la fin du XIXᵉ siècle, Sigmund Freud avait décrit le fameux « stade anal » (vers 18 mois à 3 ans), une période où l’enfant apprend à contrôler ses selles. Selon lui, si quelque chose se passait « mal » à ce moment-là, cela pouvait laisser des traces psychologiques.

Dans les années 50 à 70, d’autres psychanalystes ont repris cette idée et l’ont reliée à la relation avec la mère. Par exemple, si la mère était jugée trop présente, trop dans le contrôle ou au contraire très absente, on pensait que l’enfant pouvait développer des troubles comme l’encoprésie.

Ces explications étaient symboliques, pas médicales. Mais comme la psychanalyse dominait alors la pédopsychiatrie en France, ces théories se sont largement diffusées et enseignées aux médecins et psychologues.

Pourquoi elle a marqué durablement les représentations

Cette idée a laissé une empreinte forte pour 3 raisons :

  1. La psychanalyse était la référence à l’époque. Pendant des décennies, on a expliqué beaucoup de troubles de l’enfant à travers ce prisme psychologique.
  2. Les mères ont été directement pointées du doigt. On leur reprochait souvent d’être trop fusionnelles ou trop strictes, renforçant l’idée que c’était « leur faute ».
  3. Le discours est resté dans le grand public. À force d’être répété, ce cliché s’est imposé jusque dans les familles, les écoles et parfois encore dans certains cabinets médicaux.

Une idée hyper culpabilisante pour les parents

Le poids de la culpabilité sur les mères

Lorsque j’ai commencé mes premières recherches sur l’encoprésie, je suis très vite tombée sur des articles qui évoquaient un lien avec la relation à la mère. Et là… whaou, je me suis pris dans la tronche une bonne dose de culpabilité ! Je me suis dit : « Mince alors, ça vient de moi ? Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? ».

maman inquiète encoprésie
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Quand l’encoprésie est apparue chez mon fils aîné, il venait de vivre deux grands changements : la naissance d’un petit frère et sa première rentrée à l’école. Beaucoup de bouleversements donc, pour un petit garçon hypersensible qui avait passé ses deux premières années presque uniquement dans le cocon familial (👋 Covid). Mon fils se retenait clairement de faire caca. Mais je sentais que quelque chose clochait, de plus complexe qu’un simple retard d’apprentissage.

Alors forcément, en lisant ces théories, et avec ma grande confiance en moi, je me suis dit : « Encore un truc que j’ai raté ». Mais en réalité, combien d’enfants deviennent grands frères ou grandes sœurs ? Combien font leur rentrée à l’école ? Et pourtant, tous ne développent pas de trouble.

Je trouve terrible qu’on continue de faire porter (encore une fois) ce poids aux mères. C’est une charge immense, car cela revient à dire que le problème vient du parent, alors que l’encoprésie est en réalité un trouble beaucoup plus complexe, aux causes multiples.

Les conséquences psychologiques et familiales

En tant que mère, on se remet forcément en question quand son enfant présente un handicap ou un trouble. Et quand son enfant souffre d’encoprésie, ce sont souvent les deux parents qui se demandent : « Qu’est-ce qu’on a loupé ? Qu’est-ce qu’on a fait de mal ? ». Hors cas isolés, chers parents, vous n’avez rien fait de mal. Il est vraiment temps d’arrêter de porter cette culpabilité.

Tourner en boucle sur ce qu’on aurait « mal fait » n’aide en rien. Et c’est encore plus difficile quand l’entourage, ou parfois même des professionnels, pointent du doigt les parents alors qu’ils se sentent déjà dépassés et démunis.

Pour l’enfant aussi, ces croyances peuvent être lourdes de conséquences. J’ai souvent lu qu’un enfant encoprétique pourrait le faire exprès « pour qu’on s’occupe de lui », « pour attirer l’attention », ou encore que sa relation avec sa mère serait « pathologique ». Ces interprétations sont, à mon sens, nocives. Elles donnent à l’enfant une responsabilité qui n’est pas la sienne, bien trop lourde pour ses petites épaules. Elles risquent d’accentuer son sentiment de mal faire, de ne pas être à la hauteur aux yeux de ses parents, de renforcer sa honte et de le pousser à se renfermer sur lui-même. À terme, cela peut entacher son estime de soi et fragiliser son lien de confiance avec ses parents.

Mais alors, d’où vient réellement l’encoprésie ? Comment et pourquoi ce trouble se développe-t-il chez l’enfant ?

Encoprésie : où en est-on vraiment ?

L’encoprésie, avant tout un trouble lié à la constipation chronique

Aujourd’hui, le constat est claire : dans la grande majorité des cas, l’encoprésie (ou nommé aussi incontinence anale) est la conséquence d’une constipation chronique.

Concrètement, lorsqu’un enfant se retient de faire caca et que des traces de selles sur le slip apparaissent pour différentes raisons (peur, douleur, stress, angoisse…), les selles s’accumulent peu à peu dans le rectum. Avec le temps, elles deviennent dures, sèches et encore plus douloureuses à évacuer. Résultat : l’enfant se retient encore davantage, par crainte de souffrir, et la défécation se bloque.

À force de rétention, le rectum se distend et perd en sensibilité. L’enfant ne ressent presque plus – ou plus du tout – l’envie d’aller à la selle. C’est alors que surviennent les fuites incontrôlées. On parle de ce cercle vicieux de l’encoprésie : plus l’enfant retient, plus la constipation s’aggrave, et plus les symptômes deviennent difficiles à vivre.

processus encoprésie
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Les raisons réels de la constipation, loin du mythe relationnel

Si la relation mère-enfant n’est pas en cause dans la majorité des cas, l’encoprésie ne survient pas par hasard. Elle est le plus souvent la conséquence d’une constipation chronique qui s’installe progressivement, parfois sur plusieurs semaines ou même plusieurs mois.

Les raisons peuvent être variées : une douleur très vive lors d’une évacuation d’une selle (entrainant une fissure anale) qui pousse l’enfant à se retenir par la suite, une alimentation pauvre en fibres, un manque d’hydratation, ou encore la peur d’utiliser les toilettes de l’école. Dans certains cas plus rares, des maladies spécifiques ou des événements psychologiques difficiles (stress intense, abus sexuel, traumatisme) peuvent aussi être en cause.

Ce qu’il faut surtout retenir, c’est que l’encoprésie est un trouble qui nécessite une véritable prise en charge médicale et psychologique. Le traitement repose souvent sur plusieurs volets :

  • soulager la constipation,
  • restaurer un transit régulier,
  • accompagner l’enfant dans la durée
  • et alléger la situation (ne pas mettre de pression inutile, ce qui serait contre-productif).

Cela peut prendre parfois des mois, mais avec une approche adaptée et non culpabilisante (pour les enfants comme pour les parents), les enfants s’en sortent.

Le rôle central des parents et de la fratrie

Être son roc au quotidien

Aucun médecin, aucun professeur, aucun proche ne peut jouer ce rôle à votre place : vous êtes les mieux placés pour accompagner votre enfant dans l’encoprésie. Non pas parce que vous en seriez responsables (nous avons déjà déconstruit plus haut le mythe sur la relation avec la mère), mais parce que vous êtes ceux qui, chaque jour, l’aident à accepter ce trouble, à vivre avec, et petit à petit à en sortir.

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Souvent, quand on est parent d’un enfant encoprétique, on fait des pieds et des mains pour le protéger : cacher ses accidents, inventer des codes secrets, chuchoter, prévoir des changes en douce, parfumer la salle de bains lors d’une soirée chez des copains… Résultat : la charge mentale grimpe en flèche. Et pourtant, vous tenez bon. Vous êtes incroyables 🩵.

Mais accompagner son enfant, c’est aussi oser poser des mots simples et rassurants. Ne rien dire, cacher, en faire un secret d’état, peut envoyer à votre enfant le message que ce qu’il vit est « vraiment honteux ». Au contraire, parler et dédramatiser fait du bien à tout le monde.

Et parfois, en laissant de la place au dialogue, c’est votre enfant lui-même qui trouvera des astuces pour alléger le quotidien, à sa manière. Ces petites trouvailles sont autant de pas vers la guérison. Je vous le souhaite de tout cœur.

Et la fratrie dans tout ça

Je pense que, comme pour tout handicap ou maladie lourde, il est important d’expliquer assez tôt aux frères et sœurs ce que vit l’enfant concerné. La fratrie est présente, elle entend, elle observe. Sans explication, le risque est grand que cela se transforme en moqueries ou en maladresses.

En parler simplement, avec des mots adaptés à leur âge, change tout. Expliquer que l’incontinence fécale est un trouble, pas une bêtise, qu’il ne le fait pas exprès, que c’est involontaire, c’est donner aux frères et sœurs les clés pour réagir autrement. Au lieu de pointer du doigt, ils peuvent soutenir, encourager et protéger.

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Un frère ou une sœur qui respecte et encourage peut jouer un rôle immense dans la confiance et l’estime de l’enfant souffrant d’encoprésie. La fratrie n’a pas à porter la charge du trouble, mais elle peut devenir une alliée précieuse sur le chemin de la guérison.

Créer un climat bienveillant en dehors de la maison

S’allier avec l’équipe éducative

L’école… nos enfants y passent une très grande partie de leur journée. Pour un enfant qui a des émissions involontaires de selles, cela peut constituer une vraie source de stress. Peur des moqueries, peur des odeurs, peur que « ça se voie »…

Parler avec l’enseignant.e et si, possible l’ATSEM (s’il est en maternelle), la directrice est une étape essentielle. Vous pouvez aussi envisager de mettre en place un PAI pour clarifier certains besoins essentiels à respecter.

Cela permet d’aménager des solutions simples et discrètes : donner accès aux toilettes sans attendre, autoriser un passage supplémentaire après le repas, prévoir un change de vêtements, renforcer l’estime de l’enfant (c’était un point important que la médecin de mon fils avait noté, j’avais trouvé cela fabuleux et tellement juste). Ces petits ajustements font une grande différence : l’enfant se sent soutenu et en sécurité, ce qui l’aide à mieux vivre son quotidien à l’école.

Pour vous aider à communiquer, vous pouvez transmettre aux adultes encadrants de votre enfant ce livret explicatif que j’ai réalisé ⤵️

Sensibiliser l’entourage

Les proches, grands-parents, oncles, tantes, amis, ont souvent de très bonnes intentions. Mais il faut avoir en tête que l’encoprésie est un trouble encore très tabou et méconnu. Sans explication du trouble, leurs paroles peuvent être maladroites, contre-productives, voire blessantes. : « il est grand pourtant », « elle le fait exprès », ou encore « tu devrais lui faire laver ses vêtements, il comprendra »… sont autant de phrases qui n’aident en rien et qui risquent d’accentuer la détresse des parents.

En parler calmement, expliquer que l’encoprésie est un vrai trouble médical et non un caprice, change tout. Cela désamorce les jugements, évite les maladresses et crée un environnement où l’enfant se sent accepté.

Un entourage bienveillant ne “guérit” pas l’encoprésie, mais il allège considérablement la charge des parents. Et pour des familles déjà sous pression, ce souffle de légèreté fait une vraie différence.

Questions fréquentes

Quelles sont les causes psychologiques de l’encoprésie ?

Dans la majorités des cas, l’encoprésie est liée à une constipation chronique. Des situations de stress, d’anxiété, de changements de vie (entrée à l’école, déménagement, naissance d’un frère ou d’une sœur), ou encore un climat familial tendu peuvent déclencher de la constipation.

Quelles sont les causes émotionnelles de l’encoprésie ?

Chez certains enfants, les émotions fortes comme le stress scolaire, les conflits familiaux, la peur des toilettes à l’école ou un événement marquant peuvent entraîner une rétention des selles. Cela crée ou entretient la constipation, qui est le mécanisme central de l’encoprésie.

Comment aider un enfant qui souffre d’encoprésie ?

Le plus important est de garder à l’esprit que votre enfant ne le fait pas exprès. Vous pouvez l’aider en :
– suivant un traitement médical adapté (souvent prescrit par un pédiatre ou un gastro-entérologue),
– instaurant des routines régulières (par exemple un passage aux toilettes après les repas),
– encourageant une alimentation riche en fibres et une bonne hydratation,
– dédramatisant et en enlevant toute culpabilité,
– en parlant avec l’école pour sécuriser le quotidien.

Votre soutien et votre patience sont essentiels : vous êtes un véritable pilier pour votre enfant dans ce cheminement qui peut durer plusieurs mois, voire des années.

L’encoprésie peut-elle être le résultat d’un traumatisme ?

Dans la majorité des cas, non. L’encoprésie est d’abord un trouble fonctionnel lié à la constipation. Cependant, dans certains cas plus rares, un traumatisme (abus sexuel, choc traumatique) peut être un facteur déclencheur ou aggravant. C’est pourquoi un suivi médical et, si nécessaire, psychologique est important : il permet de vérifier toutes les pistes et de proposer une prise en charge adaptée à l’histoire de l’enfant.

4 commentaires

  1. marianne le 14/09/2025 à 12:00

    Juste un énorme MERCI 🥹

    • Sandrine le 14/09/2025 à 16:22

      Merci beaucoup Marianne pour votre commentaire. Je suis très heureuse que mes propos vous parlent.

  2. Manue le 04/02/2026 à 20:50

    merci beaucoup pour votre article. De tout cœur.

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