Accueil » Comprendre » L’encoprésie chez l’enfant : trouble tabou et méconnu

22 min de lecture

L’encoprésie chez l’enfant : trouble tabou et méconnu

L'encoprésie chez enfant

L’encoprésie est un trouble de la défécation bien plus répandu qu’on ne le pense. Cette maladie concerne entre 1 à 4 % des enfants, selon les études, mais les nombreux retours sur le terrain — comme en témoignent les centaines de parents présents dans des groupes d’échange — laisse entrevoir un taux bien plus élevée au sein de la population. Ce dysfonctionnement fonctionnel fait suite dans la majorité des cas  à une constipation chronique, entraînant une incontinence fécale involontaire, et très souvent incomprise.

Quand les selles formées s’accumulent dans le rectum, elles peuvent provoquer un bouchon (appelé fécalome), et la pression exercée finit par provoquer une incontinence anale par débordement. L’enfant encoprétique ne perçoit plus la sensation de besoin. C’est ce qu’explique notamment le Dr Steve Hodges, pédiatre et fondateur de la méthode M.O.P.

Cette pathologie touche un grand nombre d’enfants, et pourtant… on en parle si peu. Parce que cela touche à la propreté, à la défécation, à quelque chose de considéré comme “sale”, “tabou”, “gênant”. On tait, on cache. Résultat : la souffrance de l’enfant et celle de ses parents s’intensifient, en silence.

Au-delà du désert médical en la matière, de la recherche de causes, d’un traitement… Il y a une réalité silencieuse et ultra pesante :

  • Celle de l’enfant qui se sent honteux, incompris, différent
  • Celle du parent qui vacille entre culpabilité, solitude, impuissance, fatigue émotionnelle et charge mentale décuplée.

Cher parent, laissez-moi vous dire, tout de suite : 

  • Vous n’êtes pas responsables
  • Votre fils/fille non plus
  • Il/elle ne le fait pas exprès.
  • Ce n’est ni de la provocation, ni un caprice

L’encoprésie est une pathologie bien réelle, aux causes à la fois physiques et psychologiques, qui impacte toute la famille. Dans une grande majorité des cas, elle est associée à l’énurésie.

Le diagnostic médical est souvent posé tardivement, ce qui retarde la mise en place d’un traitement adapté. L’encoprésie mérite pourtant d’être reconnue, mieux comprise, et accompagnée de manière bienveillante, tant par les professionnels de santé que par tous les adultes impliqués dans la vie de votre fils/fille (enseignants, ATSEM, grands-parents…).

Vous méritez, parents et enfant, un soutien inébranlable, ainsi que des informations claires et fiables. C’est ce que je vous propose à travers cet article, et au-delà via mon site.

1. Qu’est-ce que l’encoprésie ? 

  • Pinterest

Définition claire : on parle d’encoprésie lorsqu’un enfant de plus de 4 ans — âge auquel la propreté est généralement acquise — présente de manière répétée des émissions involontaires de selles formées ou semi-formées, que ce soit dans ses sous-vêtements ou dans des endroits inappropriés. Il s’agit d’un trouble fonctionnel de la défécation, qui concernerait environ un pourcentage entre 1 à 4 % des enfants.

Comme je l’évoquais en début d’article, l’encoprésie est le plus souvent liée à une constipation chronique (cf. Dr Steve Hodges, fondateur de la méthode M.O.P). Quand la matière fécale s’accumule dans le rectum, elles forment un bouchon (fécalome), qui perturbe la perception du besoin. L’enfant ne sent plus le besoin de faire caca ou ne peut plus se retenir. Résultat : des fuites surviennent sans qu’il puisse les contrôler. Ce n’est ni volontaire, ni conscient.

processus encoprésie
  • Pinterest

Il existe deux types d’encoprésie :

  • L’encoprésie primaire : l’enfant n’a jamais été totalement propre.
  • L’encoprésie secondaire : il l’a été, puis les accidents sont revenus, parfois après plusieurs mois.

Ces accidents peuvent prendre plusieurs formes :

  • L’enfant refuse d’aller aux toilettes,
  • se cache pour faire,
  • ou encore il est tellement absorbé par ses activités que son corps se détend sans qu’il s’en rende compte, laissant place à des fuites involontaires.

Pour nous, parents, c’est déroutant, frustrant, voire même épuisant.

Il est essentiel de garder en tête :

  • Ce n’est pas un caprice
  • Ce n’est pas un problème d’éducation
  • Vous n’avez rien fait de mal
  • Ce n’est pas une volonté de l’enfant de vous nuire ou de s’opposer.

L’encoprésie est un trouble complexe, à la fois physique et émotionnel qui demande de la patience, de la bienveillance, et une prise en charge médicale adaptée, construite autour de l’enfant et de ses proches.

  • Pinterest

2. Quels sont les symptômes de l’encoprésie chez l’enfant ?

Les signes cliniques de ce dysfonctionnement peuvent varier d’un enfant à l’autre, mais certains symptômes reviennent fréquemment. Les voici :

  • Fuites de selles dans les sous-vêtements (sans que l’enfant en soit conscient), et/ou dans des lieux inadaptés
  • Odeur fécale persistante, qui passe parfois inaperçue pour l’enfant lui-même
  • Absence de sensation de besoin : l’enfant ne ressent plus, ou très peu, l’envie d’aller à la selle
  • Douleurs abdominales, ventre gonflé, ballonnements fréquents
  • Constipation chronique, parfois sévère mais silencieuse (sans que l’entourage ne s’en rende compte)
  • Tendance à cacher ou à jeter ses sous-vêtements souillés, par honte ou pour éviter les remarques ou de se faire fâcher/punir
  • Déni ou absence de verbalisation du problème : l’enfant ne parle pas de ses accidents, ou les minimise
  • Refus de certaines situations sociales par peur d’un accident : aller à l’école, dormir chez les grands-parents, participer à des sorties…
  • Chez certains enfants, l’anus peut rester légèrement ouvert à cause d’une constipation chronique et d’un fécalome. Cette pression sur le sphincter anal, souvent réflexe, peut entraîner des fuites de selles et reflète un déséquilibre dans le contrôle des muscles du rectum et du sphincter.
  • Évitement des toilettes ou comportements de rétention visibles : l’enfant se tortille, croise les jambes, serre les fesses… Autant de signes que le corps envoie pour retenir des selles. C’est ce qu’on appelle l’inhibition volontaire de la défécation.

Mais alors, pourquoi retient-il ?

Je vous entends dire 😆 : « Il le fait exprès… ». Non, votre enfant ne le fait pas exprès. Et il est important de comprendre ce que « inhibition volontaire de la défécation » veut dire.

Il peut arriver que l’enfant ressente réellement l’envie d’aller à la selle, mais qu’il choisisse, consciemment ou semi-consciemment, de se retenir. Certaines situations stressantes ou traumatisantes peuvent devenir des inhibiteurs du besoin de déféquer, conduisant l’enfant à retenir ses selles de manière involontaire.

Ce comportement peut apparaître pour différentes raisons. Nous reviendrons plus en détails sur les causes possibles de l’encoprésie dans la partie suivante. Parmi ces raisons, on retrouve notamment (liste non exhaustive) :

  • Après une expérience douloureuse liée à la défécation (comme une fissure anale ou une selle très dure)
  • Par peur ou gêne d’aller aux toilettes à l’école ou dans un environnement public
  • Parce qu’il associe l’acte de faire caca à quelque chose de honteux, sale ou négatif

Dans ces cas-là, l’enfant retient volontairement ses selles, pensant reprendre le contrôle sur une situation qui le dépasse. Ce n’est ni un caprice, ni une provocation. C’est une stratégie de survie émotionnelle, souvent inconsciente, pour fuir une situation vécue comme stressante ou peu sécurisante pour lui.

empathie enfant
  • Pinterest

Un cercle vicieux qui s’installe 

Malheureusement, cette rétention répétée entraîne des conséquences physiques importantes. Le fait de retarder sans cesse l’évacuation des selles finit par provoquer une constipation chronique. Peu à peu, les selles s’accumulent dans le rectum. Après plusieurs semaines, ce dernier va se distendre. Cela va entrainer la formation d’un fécalome (= une masse de selles dures) difficile à évacuer.

Lorsque cette masse bloque le passage, de nouvelles selles plus liquides peuvent s’infiltrer autour du fécalome… et s’échapper sans que l’enfant ne s’en rende compte. On parle alors d’incontinence par débordement : c’est là que l’encoprésie s’installe.

3. Quelles sont les causes de l’encoprésie ?

Dans la très grande majorité des cas, l’encoprésie est une conséquence directe d’une constipation chronique. Ce n’est donc pas un trouble isolé, mais le résultat d’un mécanisme qui s’installe progressivement : l’enfant se retient, souvent à cause d’une douleur, d’un stress ou d’un contexte défavorable. Les selles s’accumulent, durcissent, et finissent par distendre le rectum. À force, l’enfant ne ressent plus le besoin d’aller à la selle, et des fuites involontaires apparaissent.

La question devient alors : qu’est-ce qui provoque ou entretient cette constipation ?

Les facteurs sont multiples et peuvent se combiner :

  • une première selle très douloureuse, voire une fissure anale
  • un apprentissage de la propreté trop précoce ou trop de pressions,
  • un environnement stressant : déménagement, séparation, changement d’école, arrivée d’un petit frère ou d’une petite sœur… voire, plus rarement, un événement traumatique comme un abus sexuel,
  • une alimentation pauvre en fibres, un manque d’hydratation,
  • un accès difficile ou anxiogène aux toilettes (à l’école notamment),
  • des troubles émotionnels ou du développement, plus rarement neurologiques.
Enfant souffrant d'encoprésie
  • Pinterest

Parfois, on ne parvient pas à identifier précisément le “pourquoi”. C’est ce que j’ai vécu avec mon propre enfant : nous avons émis des hypothèses, mais nous ne sommes certaines de rien. Et pourtant, cela ne nous a pas empêchés d’agir et de trouver des pistes pour l’aider (spoiler alert : la méthode M.O.P). Car même sans tout comprendre, on peut avancer sur le “comment”.

Dans la majorité des cas, la prise en charge nécessite un diagnostic médical approfondi. Un gastro-entérologue pédiatrique peut être un précieux allié pour poser ce diagnostic et initier un traitement adapté. Mais l’accès à ces spécialistes dépend souvent de la région et les délais d’attente sont parfois très longs. Ce contexte peut freiner la mise en place d’une prise en charge efficace.

Il arrive aussi que certains professionnels, bien que compétents, ne soient pas suffisamment formés à l’encoprésie, ce qui peut malheureusement retarder le bon accompagnement.

Il est fondamental de rappeler que tout examen médical, surtout s’il est intrusif, doit se faire avec le consentement de l’enfant, dans un cadre sécurisant, et toujours avec la présence d’un parent. Dans notre cas, par exemple, il n’a jamais été question de recourir à un toucher rectal.

Vous êtes le parent. Vous avez le droit de poser des questions, de refuser certains examens, et de veiller à ce que votre enfant soit respecté dans son corps, son rythme, et ses émotions.

4. Ce qu’on oublie de dire : le poids émotionnel

Cette pathologie ne se limite pas uniquement au corps de l’enfant. Elle touche bien plus profondément : elle affecte l’enfant et l’ensemble de sa famille. C’est un handicap invisible, souvent ignoré ou minimisé, mais qui peut être profondément déstabilisant et bouleversant pour tous ceux qui en sont témoins.

Côté enfant :

  • Peur de ne pas être « normal » : il peut craindre d’être différent des autres, ce qui peut engendrer un sentiment de rejet ou d’exclusion.
  • Croyance qu’il n’y arrivera “jamais” : le sentiment de dévalorisation peut être lourd, comme s’il était condamné à échouer.
  • Peur de l’échec : chaque incident nourrit la crainte de ne pas réussir, alimentant son anxiété et sa frustration.
  • Fragilisation de sa confiance en soi : chaque accident renforce l’idée qu’il ne pourra pas maîtriser la situation, érodant progressivement son estime de soi.
  • Estime de soi en chute libre : l’incapacité à contrôler une fonction organique aussi naturelle peut gravement affecter sa perception de lui-même.
  • Hypervigilance permanente : l’enfant devient constamment anxieux, toujours sur le qui-vive, redoutant que l’émission involontaire se produise à tout moment. C’était clairement le cas de mon fils en maternelle, et il avait pris pas mal de retard dans ses apprentissages en partie à cause de cela.
  • Isolement social, moqueries, honte : il peut subir des moqueries ou du jugement et préférer limiter/éviter les interactions sociales
  • Anxiété (toilettes, école, sorties…) : une angoisse omniprésente, affectant son quotidien, ses loisirs et même ses déplacements.

Rappel : votre fils/fille ne se moque pas de la situation. Il/elle a conscience du problème. Bien qu’il/elle essaie de masquer sa souffrance et de s’adapter à sa manière, cela lui coûte énormément. Il/elle porte un poids invisible, lourd et difficile à exprimer.

livret adultes encadrants
  • Pinterest

Côté parent :

  • Sentiment d’impuissance : face à une pathologie qu’on ne maîtrise pas, qu’on ne comprend pas, il est difficile de savoir comment aider son garçon/sa fille de manière efficace.
  • Charge mentale décuplée : l’organisation quotidienne grandit : l’entretien du linge, protections à prévoir, repérage des toilettes à chaque sortie, rendez-vous médicaux supplémentaires…
  • Culpabilité : certains parents se sentent coupables, se demandant s’ils ont fait quelque chose de mal ou s’ils auraient dû intervenir plus tôt. Certains se reprochent d’être trop durs ou trop laxistes, ou encore d’avoir réagi trop vivement en criant ou en fâchant leur enfant. Spoiler alert : vous êtes humains. Et si vous êtes ici c’est que vous cherchez des réponses, vous êtes un bon parent ! 🙂
  • Stress lié aux dépenses : certains parents peuvent ressentir une pression financière supplémentaire, avec des coûts additionnels pour les consultations médicales, les traitements, les protections ou même des ajustements dans leur quotidien pour accompagner leur enfant.
  • Fatigue émotionnelle : cette usure silencieuse s’accumule, souvent dissimulée pour ne pas alourdir encore plus le fardeau, mais elle est bien présente.
  • Détresse face à l’errance médicale : le manque de reconnaissance de la maladie par les médecins, le retard dans le diagnostic, et l’absence de coordination entre les professionnels de santé rendent la situation encore plus difficile.
  • Relations tendues avec l’école : il faut sans cesse justifier, expliquer, se défendre parfois pour que l’enfant soit compris, accompagné, et qu’on reconnaisse son handicap.
  • Incompréhension de l’entourage : les jugements des proches, même bien intentionnés, peuvent être très blessants. Des phrases comme : « Tu devrais le punir« , « C’est psychologique, non ?« , ou encore « Tu devrais lui faire laver ses caleçons, il comprendra« , peuvent causer une grande souffrance. 

Personnellement, une psy m’avait conseillé de faire laver ses caleçons à mon fils. J’ai essayé une fois, et dans ses yeux, j’y ai vu de la détresse. Plus jamais. Ne faites pas ça, s’il vous plaît. Votre enfant souffre déjà de cette situation, il fait de son mieux. Il a besoin de vous, pas d’être jugé. Soyez avec lui, pas contre lui.

  • Difficulté à parler librement : par honte, par peur du regard des autres, ou tout simplement parce qu’il n’y a personne à qui se confier, de nombreux parents se retrouvent à garder leur souffrance pour eux-mêmes.
  • Accompagnement médical souvent limité : il est fréquent de se voir prescrire le combo classique : laxatifs (👋 Forlax) + un suivi psychologique. Et la cerise sur le gâteau, la petite phrase qui va bien « Il faut juste être patient, ça viendra ». Et voilà, on nous renvoie chez nous avec ça. Mais stop, vous n’avez pas à vivre cela seul.e. Un accompagnement plus personnalisé et adapté est essentiel.
maman inquiète encoprésie
  • Pinterest

Côté fratrie (ce qui est encore trop souvent ignoré…)

  • Baisse de l’attention des parents : l’enfant qui ne souffre pas d’encoprésie ressent souvent une diminution de l’attention et des ressources des parents, qui sont focalisés sur l’enfant qui en souffre.
  • Climat tendu à la maison : l’atmosphère familiale devient plus fragile, parfois tendue, à cause de la gestion constante de la situation.
  • Sentiment de ne pas exister autant : la fratrie peut ressentir de la frustration ou de la jalousie, ne comprenant pas pourquoi leur frère ou sœur reçoit une attention particulière.
  • Honte ou gêne d’en parler : les autres enfants de la fratrie peuvent être gênés par la situation et ne pas savoir comment en parler.
  • Culpabilité de se sentir agacé parfois : Ressentir de l’agacement ou de l’énervement face à cette situation difficile peut générer de la culpabilité.
  • Besoin de trouver sa place dans un cercle déséquilibré : Chaque membre doit s’adapter à une dynamique qui n’est plus tout à fait « normale », et cela peut perturber leur sentiment de sécurité.

Car oui, quand un enfant souffre encoprésie, c’est toute la famille qui est impactée. Chacun doit s’adapter, compenser, et parfois, absorber une souffrance qui ne lui appartient pas directement. Et c’est souvent un poids invisible que peu de personnes comprennent réellement.

5. Comment soigner l’encoprésie ?

Comment soigner l'encoprésie
  • Pinterest

La méthode M.O.P : une solution éprouvée, mais pas magique

La méthode M.O.P (Modified O’Regan Protocol) est, à ce jour, la seule approche ayant démontré une efficacité durable pour traiter à la fois l’énurésie (les accidents de pipi) et l’encoprésie (les accidents de selles).

Elle a été développée par le  Dr. Steve Hodges, professeur d’urologie pédiatrique à la faculté de médecine de l’Université Wake Forest, aux États-Unis. Spécialiste reconnu dans ce domaine, il s’est appuyé sur les travaux du Dr Sean O’Regan, un pédiatre irlandais installé à Montréal dans les années 1980, qui avait conçu ce protocole pour soigner son propre fils.

Soyons clairs : la méthode M.O.P n’est pas un remède miracle. Elle ne permet pas de soigner cette pathologie en une semaine — ni même en un mois. Il est très probable que votre enfant connaisse des rechutes au cours du traitement. Et cela est tout à fait normal. Le processus de guérison peut prendre plusieurs mois. Mais ne vous découragez pas : cette méthode fonctionne dans la très grande majorité des cas. Elle demande de la patience, de la régularité et un accompagnement bienveillant.

En quoi consiste la méthode M.O.P ?

Le protocole repose sur une combinaison quotidienne de laxatif (oraux) et de lavement rectal. Son objectif : vider complètement le rectum afin qu’il retrouve sa taille et sa forme normales, et permettre à votre enfant de ressentir à nouveau l’envie d’aller à la selle — sensation souvent altérée par une constipation chronique sévère comme nous l’avons déjà évoqué.

Melilax Pediatric Encoprésie méthode MOP
  • Pinterest

Oui, vous avez bien lu : un lavement rectal quotidien.

En France,  vous pouvez trouver et utiliser le Melilax Pediatric, avec une bonne dose de vaseline pour limiter l’inconfort.

Je comprends que cela puisse paraître intrusif, voire inquiétant. Pourtant, le Dr Hodges assure que ce protocole est sans danger, et que la majorité des enfants s’y habituent rapidement, en particulier lorsqu’ils constatent les effets positifs :

  • moins d’accidents,
  • plus de confort,
  • une meilleure estime d’eux-mêmes.

Les 4 principes fondamentaux de la méthode M.O.P

  • Avoir des accidents de pipi ou de selles après 4 ans n’est pas “normal” : ce n’est pas un simple retard de maturation.
  • L’énurésie et l’encoprésie sont très souvent causées par une constipation chronique.
  • Vous ne pouvez pas simplement espérer que cela disparaisse avec le temps.
  • Les accidents ne sont jamais la faute de votre enfant.

Le Dr Hodges a rédigé deux ouvrages, que je vous invite fortement à lire, pour accompagner les parents  dans la mise en place du protocole M.O.P :

Témoignage : notre combat face à l’encoprésie 

« Tout a commencé il y a maintenant 4 ans, quelques semaines avant sa 1ʳᵉ rentrée scolaire. Il a acquis la propreté pour les pipis durant l’été, mais pour les selles, ça ne venait pas. Il refusait catégoriquement d’aller aux toilettes ou au pot. Petit à petit, on a compris qu’il devenait constipé.

On ne connaît pas exactement l’origine de sa constipation chronique, mais on sent bien qu’à la base, il y a eu une accumulation et trop de modifications d’un coup dans sa vie : la naissance d’un petit frère, l’entrée à l’école… et tout ça chez un garçon très sensible. Trop, peut-être, pour encaisser autant d’un coup, et sa rétention régulière de selles en a été la manifestation inconsciente.

Et puis l’école a commencé. Et là… c’est toute une période très lourde pour tous qui démarre.

Au début, on prenait les accidents avec du recul. Il était petit, ça arrive. Mais très vite, on a senti que quelque chose clochait. Que ça dérangeait. Que ça devenait un “problème”. Plusieurs fois, je suis allée chercher mon fils à la garderie et je le retrouvais avec le caleçon souillé. L’ATSEM faisait comme si elle n’avait rien vu, rien senti. Et lui aussi, d’ailleurs : il ne disait rien. Il restait là, comme si de rien n’était.

C’est quelque chose qu’on nous a reproché. Qu’il ne “signalait pas”, qu’il “ne prévenait pas”. Mais il ne le faisait pas par provocation. Il n’osait pas. Il se cachait, il se protégeait comme il pouvait.

Pendant trois ans, on a tout essayé pour l’accompagner. On a cherché à garder le dialogue ouvert avec l’équipe pédagogique. On leur demandait régulièrement : “Est-ce que ça va ? Est-ce qu’il y a des moqueries ?” En Petite et Moyenne Section, il a été plutôt protégé. Mais en Grande Section, ça s’est durci.

Il y avait beaucoup d’instabilité dans la classe. L’équipe pédagogique changeait tout le temps, il y avait des camarades violents… et mon fils, lui, s’est refermé encore plus. Il tentait tant bien que mal de suivre, mais il était constamment en hypervigilance. Il passait ses journées à guetter s’il allait avoir un accident.

Il avait une ATSEM en qui il avait confiance, qui faisait tout pour le protéger, pour cacher les accidents discrètement. Mais à la fin de l’année, on a appris qu’il avait subi des moqueries. Ce qu’on redoutait depuis le début.

Et là, ça a été trop. L’idée de le laisser entrer au CP dans ces conditions nous semblait impensable. Il avait déjà tant à porter. Alors on a pris une décision difficile mais nécessaire : il allait changer d’école. On voulait lui offrir un nouveau départ, un environnement plus stable, plus bienveillant.

C’est à cette même période, au printemps de sa Grande Section, que j’ai commencé à faire des recherches plus approfondies. Je lisais des témoignages de parents sur un groupe Facebook… Certains avaient testé la rééducation sphinctérienne, d’autres comportementale, fait des manométries anorectales… Bref, j’ai pu constater que le nombre d’adultes cherchant des solutions pour aider leur fils/fille était assez fou. Et un jour, je découvre la méthode M.O.P.

Je me renseigne, j’achète les livres, je lis tout, je résume la méthode à mon mari, j’explique à mon fils en quoi ça consiste. Il me dit “ça marchera pas”, mais il accepte quand même d’essayer. Et il découvre aussi qu’il n’est pas le seul à vivre ça. Je lui explique que beaucoup d’enfants, malheureusement, ont ce trouble aussi. Il n’en revient pas… et se sent moins seul, quelque part.

Alors on se lance. Les micro-lavements, tous les jours pendant environ trois mois. Avec de l’Optifibre en complément. Les premiers résultats sont arrivés au bout de quelques semaines. Mon fils n’aimait pas ça, bien sûr. Mais il sentait que ça le soulageait. Il a fini son année scolaire sans accident. L’ATSEM n’en revenait pas. Et nous non plus, à vrai dire.

Ça a fait un bien fou à toute la famille.

Au bout d’un mois, il a senti pour la première fois qu’il avait envie de faire caca. Rien que ça, c’était énorme. Puis, en deux à trois mois, tout s’est mis en place. Il allait aux toilettes de plus en plus régulièrement. On a pu espacer les micro-lavements — en général les veilles de jours d’école.

Et puis, à l’automne — après six mois environ — on a décidé ensemble d’arrêter les micro-lavements. Il avait (re)trouvé ses sensations. Je me souviens encore du jour où je l’ai entendu crier “Maman, j’ai envie de faire caca !” en courant vers les WC. J’en aurais pleuré. Seuls les parents d’enfants souffrant d’encoprésie peuvent comprendre ça.

Aujourd’hui, tout n’est pas parfait. Il y a encore des rechutes, des jours où il se bloque, où les peurs reviennent. On reste très vigilants : l’eau, les fibres, son régime alimentaire, son activité physique, l’encourager à aller aux toilettes tous les jours, qu’il n’y ait pas de retenue volontaire de sa part. Mais parfois, avec ses peurs qui remontent, il s’oppose, il se retient. Alors je surveille, je compte les jours, et on prévoit un lavement si nécessaire.

Il râle, bien sûr. Mais il sait que c’est ce qui l’aide. Et clairement, c’est la seule méthode qui a vraiment marché pour lui.

Comme beaucoup de parents, on avait testé mille choses avant et consulté : les médecins, psychologue, ostéopathe, demandé une écho pour voir l’état de son rectum et de ses intestins (on nous l’a refusée), un magnétiseur, le macrogol en continu… Rien n’a fonctionné sur le long terme. Rien, sauf cette méthode-là.

Et aujourd’hui, je suis juste fière de lui. De nous. Parce qu’il a avancé. Parce qu’on n’a pas baissé les bras, malgré les doutes, la solitude, les jugements à demi-mots, et la douleur de voir son garçon souffrir sans toujours pouvoir le dire.« 

Maman d’un courageux garçon de 7 ans

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’encoprésie ?

L’encoprésie désigne l’émission involontaire de selles chez un enfant de plus de 4 ans, en dehors des moments attendus (toilettes, couche). Il ne s’agit pas d’un simple « accident » ponctuel, mais d’un trouble reconnu, souvent lié à une constipation chronique.

On distingue deux types d’encoprésie :

● L’encoprésie primaire : l’enfant n’a jamais été totalement propre.
● L’encoprésie secondaire : il l’a été, puis les accidents sont revenus, parfois après plusieurs mois.

L’encoprésie est source de honte, d’isolement et de stress, aussi bien pour l’enfant que pour ses parents. Mieux la comprendre permet de poser un regard plus bienveillant, et de chercher des solutions adaptées

L’encoprésie est-elle une maladie ?

Non, l’encoprésie n’est pas une maladie au sens classique du terme. C’est un trouble du transit intestinal, généralement causé par une constipation chronique. Lorsqu’un enfant retient régulièrement ses selles, celles-ci s’accumulent dans le rectum, qui se dilate progressivement. À force, l’enfant ne ressent plus l’envie d’aller à la selle et des accidents peuvent survenir sans qu’il en ait conscience. Il ne s’agit donc en aucun cas d’un caprice, mais bien d’un trouble fonctionnel qu’il est possible de traiter.

Qui consulter en cas d’encoprésie ?

Vous pouvez commencer par en parler à votre médecin généraliste ou à votre pédiatre, en lui précisant la fréquence des accidents et les éventuels signes de constipation (selles rares, dures, douleurs, etc.). Rares sont les professionnels de santé en France qui connaissent la méthode M.O.P (Modified O’Regan Protocol). Vous pouvez faire vos propres recherches et vous procurez ces livres :

La méthode M.O.P : un guide destiné aux parents, avec des explications détaillées et une démarche pas à pas.
Les accidents de pipi et de caca, c’est pas d’ta faute  : un livre illustré pour les plus petits conçu pour expliquer avec des mots simples ce qui se passe dans leur corps, sans culpabilisation, et avec bienveillance.

En cas de doute ou de besoin d’un suivi plus spécifique, vous pouvez aussi consulter :

● un·e gastro-entérologue pédiatrique
● un·e urologue pédiatrique (comme le Dr Steve Hodges, à l’origine de la méthode M.O.P)
● ou un·e psychologue de la PMI ou pédopsychiatre, si vous pensez que vous ou votre enfant a besoin d’un accompagnement psychologique.

Comment soigner l’encoprésie ?

Je ne suis pas médecin, mais en tant que parent concerné·e, j’ai beaucoup lu, cherché, testé… et je tiens à partager ce qui, pour beaucoup de familles (dont la nôtre), a vraiment fait la différence.

La méthode qui revient très souvent dans les témoignages est la méthode M.O.P (Modified O’Regan Protocol) du Dr. Steve Hodges. Elle repose sur deux outils :

● un laxatif doux, pour ramollir les selles et éviter la douleur,
● un micro-lavement quotidien, qui permet de vider le rectum et d’éviter les accidents.

Le but est de désencombrer complètement le rectum, pour qu’il retrouve sa forme et sa sensibilité naturelles. Avec du temps, de la régularité, et un vrai soutien émotionnel, cette approche permet à l’enfant de réapprendre à écouter son corps, et de retrouver une vie sereine, sans accident.

Pourquoi mon enfant fait caca dans sa culotte ?

C’est une question que se posent de nombreux parents, souvent démunis face à ces accidents répétés. Et pourtant, il ne s’agit ni d’un caprice, ni d’un refus d’être propre.

La cause la plus fréquente est une constipation chronique dite “silencieuse”. Il est fort probable que votre enfant ait retenu ses selles à un moment donné (voir : Quelles sont les causes de l’encoprésie ?), ce qui a entraîné une distension du rectum. Résultat : votre enfant a le rectum trop dilaté, et ne perçoit plus correctement les signaux d’envie d’aller à la selle.

Les accidents sont involontaires. Ce n’est jamais la faute de votre enfant.

2 commentaires

  1. Gsell Gwenn le 03/02/2026 à 15:37

    Bonjour,
    Maman de deux garçons et Assistante Maternelle je me rends compte par mon expérience personnelle et professionnelle que l’encopresie est une maladie qui peut toucher de nombreux enfants. J’aimerais beaucoup sensibiliser et informer d’autres parents et surtout les assistantes maternelles afin surtout d’éviter notamment des VEO (violence éducative ordinaire) induit par un manque d’informations et de formation. Avez vous des pistes de documentations complémentaires, videos explicatives ou tout autres pistes de réflexion pour m’aider dans ma démarche ? Merci en tout cas pour votre site internet et votre attention.

  2. Sandrine le 04/02/2026 à 10:00

    Bonjour,
    Merci beaucoup pour votre message.

    Je fais évoluer ce site progressivement, afin qu’il réponde au mieux aux besoins des parents et des adultes encadrants.

    Vous pouvez déjà consulter le Livret à destination des encadrants, que vous pouvez transmettre ou imprimer si besoin : https://encopresie.com/livret-adultes-encadrants/

    Les livres de la Méthode MOP sont aussi très bien pour comprendre/expliquer ce qu’est l’encoprésie. Dispo sur Amazon, vous trouverez les réf. dans l’article. Il existe une version enfant et une adulte.

    Si vous souhaitez échanger, partager votre expérience ou poser vos questions, j’ai également créé un groupe Facebook d’entraide, ouvert aux parents et aux professionnels : https://www.facebook.com/groups/1590384855709936/

    Bonne journée

Laissez un commentaire